Des « étudiants décrocheurs »

Chaque année 80.000 étudiants quittent l’université sans diplôme. La mise en œuvre de la loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités du 11 août 2007, ainsi que le plan Réussir en licence de décembre 2007, dont l’un des objectifs est de diviser par deux le taux d’échec en première année, concrétisent une volonté politique forte pour faire évoluer cette situation. Malgré les progrès attendus, chaque année un flux de décrocheurs, certes moindre, laissés à eux-mêmes tentera de s’insérer professionnellement.

Différentes études soulignent la difficulté à repérer ces décrocheurs et par conséquent à leur proposer des solutions au sein ou en dehors de l’université. Si des missions locales pour lesquelles ce public représente un tiers de leurs demandeurs en région Ile-de-France – ainsi que le Pôle Emploi-, se trouvent à leur contact, ces étudiants « décrocheurs » en demande, ne représentent encore qu’une faible part de ceux qui s’engagent dans une démarche volontaire. Pour les autres, on se trouve face à un phénomène d’«évaporation » qui ne favorise ni les processus d’insertion ni parfois d’intégration. Observons également qu’une fraction importante de ces étudiants décrocheurs est issue des quartiers sensibles.

Saïma Kadri a repéré, sur de petits nombres de cas, que ces « décrocheurs » pouvaient rencontrer des difficultés d’ordre financier; elles peuvent également découler d’un manque d’organisation, d’absence de repères sociaux et culturels en dehors de leur espace de vie quotidienne, de grande difficulté à aller rechercher les solutions là où elles se trouvent. Le constat est que ces difficultés sont souvent malheureusement cumulatives.

Il importe donc de proposer à ces jeunes de nouvelles orientations et notamment leur faire découvrir de nouvelles formations qui conduisent à des emplois, comme celles que l’on peut trouver dans l’artisanat– secteur, qui rappelons le, va être touché massivement par des départs en retraite dans les mois et les années qui viennent (plus de 300 000 artisans) ou les fonctions de « middle management » pour lesquelles l’attente des entreprises est importante.

Cette réorientation des décrocheurs doit mobiliser et responsabiliser au niveau le plus décentralisé possible l’ensemble des acteurs concernés (Etablissements d’enseignement supérieur, Conservatoire National des Arts et Métiers, service public de l’emploi, services sociaux, d’aide à l’insertion, chambres de métiers, chambres de commerce et d’industrie, fédérations d’employeurs, entreprises, etc.). Toutefois, il convient au préalable d’identifier les décrocheurs : c’est la phase critique et incontournable de la démarche.

Il conviendrait que les universités se préoccupent sérieusement de ce sujet, par exemple :

  • Par un volet de sensibilisation par courrier personnalisé à destination des étudiants absents aux examens ;
  • Par un volet de campagne de presse massive sensibilisant les décrocheurs par un langage approprié et les incitant à se déclarer par exemple auprès du dernier établissement d’enseignement supérieur fréquenté.

Ensuite prendre des initiatives déconcentrées à l’initiative des universités et d’autres organismes comme le Conservatoire National des Arts et Métiers, les chambres de métiers, les chambres de commerce et d’industrie, les fédérations d’employeurs, devraient émerger une multitude d’initiatives, matérialisées dans des lieux divers et variés, selon des calendriers adaptés. Ces initiatives locales et régionales : bourses d’emplois, orientation, formations, accompagnements, aides diverses, devront être initialisées et réalisées au plus près « des décrocheurs ».

Un tel plan d’action vise à sensibiliser les décrocheurs pour les amener à s’identifier ou à être identifiés en tant qu’anciens étudiants des universités. Par ailleurs, l’un des objectifs affirmé de ce plan consiste dans le même temps à favoriser la coordination de toutes les initiatives porteuses de solutions. Rappelons qu’en octobre 2006, une proposition très concrète du rapport « de l’université à l’emploi » (Patrick Hetzel) (Proposition A7) préconisait déjà une initiative de même nature. Elle est restée sans suite à ce jour. Alors ??

 

Saima Kadri
Saïma Kadri
Directrice Associée d’EssKa Consultants
Daniel Laurent
Daniel Laurent
Président du Comité STAPRO